L'histoire de l'admin

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Message par Admin le Mar 3 Oct - 14:15

Tout a commencé quand j’avais deux ans. « Papa un cancer ». Ces maladies ont comme effet un coup de poignard dans le cœur. J’ai a compris qu’on allait commencer une longue période de combats entre la maladie la vie de famille. Il fut admis à l’hôpital en 1997. Tous les jours, je m’y rendais avec ma mère pour lui faire un bisou à travers la fenêtre de sa chambre, les visites des moins de quinze ans étant interdites. Mon père rentrait à l’appartement entre chaque chimiothérapie pour ses aplasies. Ce traitement le rendait malade, surenchérissant la douleur insoutenable causée par sa tumeur située dans la gorge. L’hôpital lui fournissait des « haricots », sortes de mini bassines en carton dont la forme épousait celle du cou. I y vomissait beaucoup. Peu à peu, il tombait dans l’alcool. Il disait que c’était pour soulager ses douleurs, ce qui était vrai.
Ce calvaire a duré deux ans. Deux ans de bataille contre la maladie. J’avais quatre ans et demie, le 23 août 1999, lorsqu’au centre aéré quand j’ai su qu’il était parti. Ou plutôt quand je lai senti partir. Phénomène que je ne parviens toujours pas à expliquer mais c’est bien ce qui s’est produit. Je savais que c’était fini. Maman me le confirma le soir lorsqu’elle est venue me chercher le soir après son travail.
Ensuite a suivi la cérémonie de la crémation de mon tant aimé Papa. Nous étions tous disposés en demi-cercle. J’aperçus Andrée, l’assistante maternelle dans cette rangée distordue. J’ai couru vers elle, me suis jetée dans ses bras et y ai déversé toutes mes larmes, émue par sa présence. Puis un homme en noir est arrivé avec une petite boîte.
Elle contenait à présent ce qu’il restait de mon père : des cendres. On l’a rangea dans un petit casier au cimetière de Concarneau. Je m’y rendais tous les jours ou presque, pour lui montrer mes progrès dans ce qui était de faire la roue persuadée qu’il me voyait et lui déposait quelques fleurs avec des mots doux.
Quatre ans et demie, c’est aussi l’âge où l’on me fit passer de la moyenne section à la grande section en cours d’année, je savais parfaitement lire et écrire. J’étais précoce, mais ça, je l’appris bien plus tard. Au début de l’année scolaire suivante : arrivée à la grande école, en CP. J’avais deux groupes d’amies qui se détestaient et ne cessaient de se faire « la guerre », ce qui consistait à s’envoyer des phrases plus méchantes les unes que les autres à la figure. C’est à ce moment que j’ai compris le sens du mot « solitude », passant le plus clair de mon temps, assise dans un coin de la cour d’école, seule. Je continuais cependant à aller au centre aéré, cultivant ma solitude à lire, dessiner, grimper dans les « toiles d’araignées ». J’y découvris la voile, sport que j’adorais et pratiquais également à l’école. Je ne le savais pas encore, mais ce mot « solitude » allait me servir encore bien des années. Je grandis seule avec ma mère, n’ayant ni sœur, ni frère. Mais un jour, tout a basculé. J’étais très fatiguée et me suis découvert une petite boule dans le cou. Petite boule très douloureuse qui ne cessait de grandir. Je fus suivie de près par mon médecin pédiatre qui me redirigea vers l’hôpital pour y faire des examens médicaux. Le diagnostic fut posé : le mot « cancer » résonnait pour la deuxième fois dans ma petite tête d’enfant de neuf ans.
Je fus alors admise dans les service « onco-hémato-pédiatrie » de l’hôpital sud de Rennes. J’atterris dans une chambre que j’allais partager avec Émilie, huit ans, avec qui je tissai des liens très rapidement. Je lui prêtai un de mes deux ordinateurs portables pour jouer et dessiner, nous partagions les différentes activités proposées par le service, et, à mon grand désespoir, regardions « Le Cygne et la Princesse », dessin animé que je trouvais niais à mourir, mais qu’elle adorait. On pourrait même dire qu’elle en était fan, et ce, pendant cinq mois. Je sortis de l’hôpital le 31 octobre 2004, jour d’halloween. Les infirmières - dont j’admirais le travail- m’avaient confectionné un chapeau de sorcière en carton recouvert de peinture noire, ma mère me dégotta une perruque noire, remplacement les cheveux que j’avais entièrement perdus, les chimios en étant la cause.
Une fois rentrée à la maison, après deux heures et demie de route, mes copines m’attendaient pour la récolte annuelle de bonbons.
Les mois passèrent et je rejoignis l’école et ma solitude en CM2. Je n’avais pas perdu mon niveau scolaire grâce à Françoise, la maîtresse de l’hôpital.
Mais un jour, ma mère reçu un coup de fil. Je n’en ai presque rien entendu mais j’ai tout de suite compris : Émilie avait rechuté, et en était décédée. J’étais triste, mais en même temps je me disais que c’aurait pu être mon lot. J’avais échappé à ça, même si je n’étais pas encore officiellement guérie.

À mes dix ans, une association (À chacun son Everest), créée par la célèbre Christine Janin, première femme à gravir le Mont Blanc, me contacta via mon oncologue. J’y découvris l’acrobranche, les balades en raquettes, l’escalade, la cani-rando qui remplaçait l’activité « chiens de traîneau », faute de pas assez de neige. Ce fut une semaine bien remplie, j’aurais voulu qu’elle dure encore et encore. Mais c’était fatidique, je devais reprendre le cours de ma petite vie. Je rentrai au collège. Beaucoup d’enfants se moquaient de moi et de ma solitude, les surnoms et injures ne cessant pas d’évoluer. Je me faisais pousser, et recevais quelques mains aux fesses, qui se répétaient à longueur de journée. Je décidai alors de m’enfermer dans les toilettes à chaque récréation, je n’étais pas tranquille pour autant. Par-dessus la porte, des boules de papier mouillé me canardaient. Par honte, je n’en dis mot à personne.

Ma puberté commençait. Ce n’était pas le moment. Les poils sous les bras, je n’en voulais pas. Pourtant, ils apparaissaient peu à peu, et ma mère m’acheta mon premier rasoir dont je détournai vite l’usage pour tracer quelques lignes de sang sur mon bras gauche quand la souffrance intérieure était trop présente. J’inscrivais ma  douleur sur ma peau. Je n’en ressentais pas la douleur mais le soulagement de faire sortir ce mal-être de mon corps. Depuis ce jour, je ne quittais plus ce rasoir, je je cachais précieusement ans une poche intérieure de mon sac à dos. Je n’avais pas perdu l’habitude de me réfugier dans les toilettes.

Ce qui avait changé c’est que je sortais ce rasoir de mon sac pour tracer encore quelques traits.
Je continuais tout de même à aller en cours, subissant les moqueries des caïds de ma classe durant l’enchaînement des différentes matières jusqu’au soir où je me retrouvais seule dans ma chambre, assise ans le noire pleurant toutes les larmes de mon corps. L’été arrivant, je décidai de changer mes endroits de scarification : le haut des cuisses. Évidemment je n’allais pas à la plage.
Les mois passèrent, le harcèlement en devenait de plus en plus dur. Certains élèves jetaient mes affaires par la fenêtre de la classe, d’autres me traînaient par les pieds le long des couloirs à travers lesquels j’entendais des pouffements de rires, d’autres me déshabillaient comme ils pouvaient. C’est alors qu’un soir, en rentrant chez moi, ma mère n’étant pas rentrée du travail, je saisis un grand couteau de cuisine que j’ai essayé de me planter dans le ventre de toutes mes forces, mais quelque chose m’a retenue d’aller jusqu’au bout. L’instinct de survie. Ce fut ma première tentative de suicide.

Je continuais à aller au collège, mais je séchais les cours de sport, matière où je risquais le plus de me ridiculiser, en plus des cicatrices que j’avais sur la cuisse dont je ne voulais absolument pas qu’elles soient vues par les autres filles dans le vestiaire. Je continuais à grandir dans cette atmosphère d’harcèlement scolaire et de scarifications.
Je rencontrai enfin le médecin scolaire qui me dispensa des cours de sport. Quel soulagement !

Arrivée au lycée, je n’étais plus la même. J’étais devenue une jeune rebelle qui savait se faire respecter. Via la consommation de cannabis, je me fis quelques amis. C’étaient mes potes de fumette, puis, de soirées. Je fus invitée à de nombreuses fêtes, ou plutôt beuveries pour ma part, où je m’enivrais avec délectation, histoire d’oublier quelques heures ma souffrance si présente quand j’étais sobre, frôlant le coma éthylique, si je me fie aux nombreux « black out » après chaque soirée.
Je pris goût au whisky et particulièrement à la tequila que je me faisais acheter chaque jour par mes amis majeurs, afin de retrouver l’ivresse chaque soir avant de me coucher qui m’était devenue indispensable. Nous étions inséparables, moi et elle. Nous nous endormions ensembles, ma tête tournant dans tous les sens.
Mon placard était empli de cadavres de bouteilles vides que je vidais chaque mercredi après midi lorsque que ma mère était au boulot. Évidemment, elle n’en savait rien.

Arriva le jour où, sur un forum de guitare je rencontrai « Gizmo », qui devenu très vite comme un grand-frère virtuel. Nous échangeâmes nos numéros de téléphones et communiquions beaucoup par mails. Il perçu ma souffrance très vite. « C’est simple, soit tu appelles une psy, soit je le fais à ta place. ». C’est alors, que, ma main tremblante crispée sur le téléphone, j’appelait un psychologue. Celui-ci me redirigea directement chez une confrère psychiatre, il soutenait que j’avais besoin d’un soutien médicamenteux. Je rencontrai donc pour la première fois Mme Hascoët qui me prescrit deux médicaments : du séroplex et du lysanxia. Dès le deuxième rendez-vous, elle me proposa une hospitalisation  dans une unité psychiatrique de jeunes de quinze à trente ans. J’en avais 17. J’acceptai. Avant mon admission, je devais passer un rendez-vous de pré-admission avec une psychiatre du centre. Ce fût l’entretient le plus étrange de ma vie. Elle me parlait, j’écoutais sans y prêtais attention jusqu’au moment où une phrase m’a échappé : « De toute façon, vous n’êtes que le fruit de mon imagination ainsi que tout ce qui se trouve dans ce bureau. » J’y croyais. Elle y posa le mot « psychose ». Je fus admise dans le service dès le lendemain, sûrement grâce à cette phrase magique qui montrait bien que j’étais quelque peu « perturbée ».
19 juin 2012 : Je passe du lino blanc des rendez-vous au lino vert du couloir d’hôpital. Je m’attendais à n’y voir que des visages éteints par la dépression, mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, les rires lézardaient les murs de l’unique couloir et des salles communes. Il y avait dix chambres, une salle à manger, une salle commune avec télévision, baby-foot, canapé, bibliothèque…, un bureau infirmier et une salle de sport essentiellement garnie de rameurs.
Les quarante-huit premières heures nous étions coupés du monde extérieur. Pas de téléphone, pas de sortie, pas de visite. Nous n’avions le droit qu’à trois cigarettes par jour (nous fumions dans les salles de bains pour combler le manque) que nous fumions en bas du bâtiment, plus, une fois les quarante-huit heures passées, vingt minutes de sortie dans le cadre de l’hôpital, et une permission par semaine sur avis médical d’une heure ou deux pour se promener en ville en petits groupes.
Je devins très vite amie avec deux patientes : Émilie, et Tiphaine. L’une se scarifiait, l’autre était anorexique.

C'est là que tout a vraiment commencé. L'anorexie, la boulimie, les tentatives de suicides à répétitions et les hospitalisations non-stop en hôpital psychiatrique, les 4 viols dans ma vie...
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